Les Fragments du Vide

Les maux du Phénix

Résumé 3.1, Année 1122, Tatsuya no Monogatari

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Contribution de Breloque
竜也の物語

Au troisième jour du mois du Serpent de l’année 1122, au sein de la cité impériale, Isawa Kazehiko san demande au Shikken l’autorisation de quitter son service pour rejoindre sa terre natale, frappée par une étrange maladie qui affecte les shugenja du clan du Phénix.

Celui-ci refuse de le laisser partir seul et c’est toute notre coterie qui se retrouve à errer à nouveau sur les routes de Rokugan. Non sans que j’ai personnellement organisé les préparatifs à notre voyage. Miya Yoto dono en apprenant la nouvelle de notre départ, demande à Kakita Sheru sama d’en profiter pour évaluer l’impact de ce funeste événement sur les forces du Phénix. La période est trouble et chaque clan mesure sa force.

La route de la côte d’or nous mène deux semaines plus tard aux abords de Kyuden Isawa. Comment ne pas remarquer le silence assourdissant de la nature en ce début de printemps ? Aucun cri d’oiseau, aucun crissement des cigales… pas un bruit. Les eta que nous croisons nous salue respectueusement mais se masque le visage. Quelle étrange pratique. Nous approchons d’un village et Yuki san remarque qu’il n’y a personne dans les rizières attenantes. Arrivés dans ce petit village de pêcheur, il semble déserté. Etrange. Comme si les gens s’étaient subitement enfuis ou même… évanoui ? Un marchand aurait fui en laissant toutes ses marchandises sur son étal ? Les tables d’un restaurant sont encore couvertes de victuailles. Et pourtant, pas de trace visible de fuite ou de lutte.

A l’horizon marin, aucun bateau. Dans le petit port, un des esquifs à quai est complètement calciné, brûlé par un incendie. Kazehiko-san remarque en marge du village une fosse avec des corps incinérés. Probablement récemment. Il remarque au loin des chiens errants émaciés, le regard fou, qui courent vers lui.

Les sorts de Kazehiko-san frappent la meute, mais cela ne suffit pas à les faire fuir. Les samurai viennent lui prêter assistance et tranchent les mastiffs affamés dans le vif. Ils sont nombreux à tomber, mais pourtant la meute ne cesse pas ses attaques. D’autres chiens continuent à arriver. Il faut un puissant sort d’Ayame-chan pour repousser les molosses. La sourde détonation de la foudre qui tombe fait fuir les chiens.

Je prends le temps de laisser une offrande et de formuler une prière à l’attention des habitants disparus dans le petit autel du village.

Kazehiko-san convoque un kami de brume sous la forme d’un petit oiseau messager pour prévenir sa famille de son arrivée.

Nous reprenons la route jusqu’au Kyuden Isawa. Le jour rougit en fin d’après-midi quand nous approchons enfin de notre destination.

Devant les portes barricadées, sur près de trois kilomètres, des centaines de réfugiés sont agglutinés aux pieds des portes de la ville. De nombreuses tentes de fortunes ont été dressées aux abords de la route boueuse. A quelques dizaine de mètres de la route, des moines sont en train d’officier face à un bûcher funéraire.

Des grognements mécontents se font entendre alors que nous remontons la file.

Les quatre gardes à la porte nous accueillent et évoquent une « fièvre noire » qui frappe les terres du Phénix, avant de nous laisser rentrer une fois que Kazehiko-san s’est présenté.

C’est un certain Isawa Hujo qui nous accueille.

Nous apprenons de sa bouche que les Shugenja sont les vecteurs de la maladie mais qu’ils n’en souffrent pas comme les autres. Selon lui, les prières aux kamis ont tendance à accélérer la propagation de la maladie.
Nous prenons nos quartiers dans une auberge confortable. Kakita-sama missionne subtilement Kazehiko-san pour qu’il trouve un cadeau à offrir au daimyo le lendemain matin, puis il prend un bain chaud pour se détendre du long voyage.

J’accompagne Kazehiko-san chez ses parents. C’est sa mère qui nous accueille. Son père semble être le seul shugenja atteint par les symptômes de la maladie. Elle a été discrète à son propos. Les symptômes sont assez rapides : une légère fièvre, une très grande lassitude, une toux sévère, déshydratation, des délires dans lesquels ils voient leur corps se déliter pour alimenter une créature humanoïde qui prend forme peu à peu. La peau du malade se couvre ensuite de stries rougeâtres. Plus la maladie progresse, plus le corps s’affaiblit. La langue gonfle au point d’empêcher le malade de se nourrir. Puis une fièvre terrible emporte le malade. Dans quelques rares cas le malade survit, son physique récupère peu à peu mais la peau s’affine et des croûtes se développent. L’ultime phase est une folie bestiale qui emporte le malade. La rumeur dit qu’ils se transforment en oni ou en troll si on ne met pas un terme à ce supplice.

La façon dont cela se propage me fait clairement penser à l’Outremonde…

Je demande à pouvoir prier à son chevet. Ma prière s’intensifie et mon troisième œil s’ouvre sur une vision où je vois le destin qui attend le père de mon jeune ami si nous ne trouvons pas un remède à son mal. Son corps devient de plus en plus blanc, sa peau translucide laissant apparaître ses organes. Son corps se recouvre de plaques rouges et noires. Il devient squelettique et meurt.

Nous nous isolons dans le cabinet de travail de son père. Nous tâchons de réaliser une belle calligraphie qui narre les connaissances collectées lors de notre dernière aventure qui nous a mis face à une antique prophétie. Un cadeau qui nous semble à propos.

Avant de partir, Isawa Kazehiko dépose son collier de jade auprès de son père, dans l’espoir que le nemuranai le protège.

Le lendemain matin, après une nuit agitée pour certains, nous avons la désagréable surprise de découvrir que Kakita-sama et Yuki-san semblent avoir contracté la maladie.

Nous nous rendons au palais pour présenter nos hommages au daimyo mais celui-ci, en pleine méditation, n’est pas en mesure de nous recevoir aujourd’hui.

En sortant du palais, un eta nous remet un pli. Un rendez-vous dans les jardins attenants. La calligraphie est fine et porte le mon des Isawa. Nous nous y rendons et c’est la fille du daimyo, Isawa Minori, qui s’y trouve, entourée de deux yojimbo. Elle nous confie que son père est malade et requiert notre aide. La ville ne tardera pas à sombrer dans le chaos selon elle. Elle nous apprend que la tempête qui stationne au-dessus d’Isawa Mori est apparue après l’éclipse. Enfin, elle nous accorde une formidable faveur : un accès à la grande bibliothèque. Kazehiko-kun et moi sommes particulièrement enthousiastes à l’idée de pouvoir accéder à ce puits de connaissance.

Elle nous salue avec respect avant de partir et je suis surpris par l’honneur qu’elle me fait en s’inclinant face à moi.

Malheureusement, Kazehiko-kun se met à tousser à son tour.

Après avoir échangé avec des samurai bibliothécaires récalcitrants, nous parvenons à entrer dans le saint des saints de la connaissance, grâce au sauf-conduit signé de la main du daimyo qui nous a été confié par sa fille. Les rayonnages sont vertigineux et l’odeur de poussière et de vieux parchemin sont comme une promesse de sapience.

Pendant ce temps-là, Kakita-sama et sa yojimbo découvre que leurs serviteurs ont disparu ainsi que leurs affaires. Plus personne dans l’auberge. Ils reviennent chercher Kazehiko-san et Ayame-san à la bibliothèque. Je m’esquive pour retourner à mes lectures. Hors de question de quitter ce lieu prématurément. C’est l’occasion rêvée de trouver des réponses à des questions.

Je tombe sur un parchemin vieux de deux cent ans, en 922.

Ce dernier raconte une légende, celle d’un shugenja du clan du Phénix, Isawa Kuzuki, à la réputation sulfureuse. Ce jeune shugenja, avide de savoir, s’acoquinerait avec les démons. Il fut banni par sa famille face à cette réputation honteuse. Aigri par l’esprit de vengeance, il aurait invoqué un oni depuis son manoir de la forêt de Kuroi Mori en Mori Isawa pour se venger de sa famille. La cérémonie d’invocation coïncida avec une éclipse. L’oni puissant ainsi conjuré enseigna la plus noire des magies au shugenja félon.

Ce dernier prit ensuite la route pour le sud. Et à force de mensonges il obtint la confiance des Shiba. Il devait même présider à un mariage entre Shiba Tsatsura et sa fiancée Asako Reiha. Sauf que Kuzuki tomba éperdument amoureux de cette dernière et il utilisa ses nouveaux pouvoirs pour la tromper. Fascinée par la noire marie, elle dénonça ses vœux de mariage en public. La honte de la famille Asako fut si grande que Reiha se fit seppuku. Et Kuzuki fut à nouveau banni.

Rongé par le remord, il réalisa que l’oni l’avait dupé et se jouait de lui et de ses sentiments. Conscient d’avoir perdu l’amour de sa vie, il retourna à Kuroi Mori pour tenter de purger son âme de la corruption. C’est par une nuit sans lune, au centre d’un nuage hurlant, qu’il tenta de renvoyer son conseiller dans le royaume de l’Outremonde. Il coupa ainsi le lien qui l’unissait à l’oni et libéra la créature qui prit le nom d’Oni-no-Kuzuki. Ce dernier tua Kuzuki.

Le parchemin est garni d’annotations qui semblent… plutôt récentes.

Alors que j’en termine avec mes recherches, Kakita-sama et ses hommes retrouvent Isawa Hujo. Après une discussion tendue, ils récupèrent nos affaires et nos serviteurs.

Kazehiko récupère son collier de jade et fait ses adieux à ses parents.

Nous nous retrouvons en dehors de l’enceinte de Kyuden Isawa, direction Kuroi-Mori.
Forcé de faire halte à la nuit tombée, nous montons un campement de fortune à la lisière de la forêt. Kakita-sama a fait une très mauvaise nuit. La fièvre gagne du terrain.

Daidoji parvient à chasser quelques écureuils pour agrémenter les rations dans nos écuelles, qu’elle en soit remerciée ! Nous reprenons la route et pénétrons dans l’antique forêt. C’est une ancienne forêt et nous progressons sous la frondaison d’arbres séculaires aux racines noueuses. Était-ce une pie à trois yeux que j’ai vu décoller de cette branche ? Une légère brume donne au lieu une aura de mystère.

Puis l’ambiance change soudainement. La corruption semble avoir dévoré l’endroit. Un brouillard poisseux masque à peine une herbe jaunie. Nos pas libèrent une odeur putride. Les doigts crochus des arbres nous menacent. Une pluie sourde tombe sur mon sandokasa, mon chapeau de paille tressée.

Alors que nous progressons plus avant dans ce lieu maudit, la brume semble comme habitée.
Je me rapproche de Kazehiko-kun qui murmure « Les gaki, ils sont là. »

En effet, des silhouettes semblent se dessiner dans la brume. Nous peinons à garder les poneys sous contrôle et progressons lentement. Le vent souffle fort et siffle à nos oreilles. Et pourtant la brume est toujours là, persistante.

Le vent se transforme en bourrasque. La bourrasque en tornade. Nous peinons à garder les yeux ouverts. Impossible de rester grouper ensemble. Je ne quitte pas le jeune shugenja d’une semelle et pose ma main sur son épaule pour ne pas le quitter. Nous utilisons son kusarigama pour rester connectés.
Dans le maelstrom, une lumière verte nous attire.

Puis le vent cesse. Nous sommes dans la cour d’un manoir construit en pierre. Des flammes vertes nous éclairent. Une lumière qui pulse depuis l’intérieur du manoir. Des fantômes prisonniers du manoir hurlent.
La pluie a cessé.

つ づ く

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Breloque

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