Les Fragments du Vide

L'Espoir Dérobé

竜也の物語

L’ambiance dans le dojo était lourde, les mines sévères. Car l’heure est au départ. L’escouade menée par Seppun Mazu-san escompte faire une percée pour exlfiltrer le groupe de courtisans et ministres sous sa responsabilité. Deux miharu resteront ici en faction pour accueillir d’éventuels fuyards survivants.

Quant à notre petit groupe, il doit aussi quitter ce havre temporaire qui nous a permis de recouvrir nos esprits et de nous fixer un but. Car Il n’y a pas de temps à perdre : nous devons retrouver l’héritier légitime du trône impérial pour le protéger et le mettre en lieu sûr. Un des miharu nous indique où se trouve l’appartement de Sotorii-dono, deux étages au-dessus. Il nous met en garde : le lieu grouille d’escouade Scorpion, qui le traque tout autant. Après un temps d’hésitation, le garde d’élite nous livre sa pensée : mieux vaut selon lui enquêter deux étages plus bas du côté de son dojo privé, un patio à ciel ouvert dans lequel il a pris l’habitude de s’entraîner.

Pour ce faire, nous empruntons le passage secret qui nous avait mené dans le dojo dans l’autre sens. Je vois dans la démarche volontaire de Yogo Sheru-sama que passé la stupeur de la mort de son épouse et de l’assassinat de l’Empereur, la détermination est de retour. Il existe encore une voie honorable. Il est paré pour le combat : son daisho au côté, une armure légère de bois laqué ainsi qu’un mempo noir qui masque le bas de son visage.

Rompue à l’exercice, c’est Yuki-san qui nous guide dans le dédale de bois et de poussière. Elle nous dit où mettre nos pieds pour éviter les sons indésirables. Alors que nous pénétrons dans une antichambre, la chaine du kusarigama de Kazehiko-kun tombe par terre. Le bruit attire une patrouille de quatre bushi Scorpion. Parmi eux, nous reconnaissons le jeune Norihide-san, le grand frère de la petite Rika, que nous avions libéré de la malédiction du fabricant de masque à Kyuden Bayushi l’année précédente. L’homme nous reconnaît, ce qui laisse un peu de temps à Yogo Sheru-sama pour engager la conversation. En habile courtisan, il parvient à convaincre les Scorpion de nous laisser aller sans trop leur en révéler sur notre mission.

Nous arrivons enfin dans le patio où l’héritier du trône d’Emeraude avait l’habitude de s’entraîner. Un vieil acer projette son ombre sur des dalles de terre cuites polis par les pas. Le lieu est vide de toute présence et nous ne découvrons aucun indice.

Un esclandre non loin. Le bruit des lames qui s’entrechoquent.

Depuis un couloir proche, nous apercevons un guerrier du Lion dans une antique armure rouge aux prises avec la patrouille rencontrée tout à l’heure. L’homme seul se bat avec courage mais il ne fera pas le poids face à quatre bushi.

Daidoji Yuki interpelle alors Yogo Sheru :

« Ne serait-ce pas l’homme que nous recherchions ? »

Mon jeune maître la regarde avec stupeur : « Non, je ne crois pas. »

La mine dépitée, Yuki-san soupire de déception. Je gage qu’elle aurait voulu que nous fassions du Lion notre prisonnier pour l’interroger. Mais Yogo Sheru-sama a été pris au dépourvu par la question directe, et son honnêteté a pris le dessus.

Le guerrier Lion meurt en une passe d’arme. Je prie silencieusement pour qu’il rejoigne ses ancêtres. Deux des soldats Scorpion sont sévèrement blessés, ils vont sûrement mourir de leurs blessures. Kazehiko-kun attends que les Scorpion quittent la scène pour s’approcher du cadavre du Lion. C’était un garde d’élite. Le shugenja adresse une prière aux kamis pour le salut de son âme, les mains jointes, les yeux fermés.

Yuki-san est à l’initiative et mène notre petit groupe dans les escaliers. Au troisième étage, nous découvrons un espace dévolu aux invités, ainsi qu’une salle de réception. Là gisent plusieurs corps de bushi Scorpion. Des traces de sang au sol nous mène jusqu’à une petite pied dédiée au service. Nous découvrons un autre garde d’Elite du Lion, son armurée dorée maculée de sang. Il était visiblement en train de se préparer au seppuku.

L’homme s’appelle Akodo Sofu-san, et il était attaché à la garde du fils des Cieux, celui-là même que nous cherchons si ardemment.

Et la nouvelle qu’il nous livre tombe comme un couperet.

« Le fils des kamis est mort. »

Il a vu de ses yeux le fils de l’Empereur dont il avait la garde mourir sous les lame des Scorpions. Ils ont formé un dernier carré, lui et la garde rapproché de l’héritier. Les Scorpions ont lancé l’assaut et ce fut un bain de sang.

Son frère était plus vaillant que lui et il est descendu trouver la mort au combat. Selon lui, Akodo Toturi, son maître, serait le seul à pouvoir réunir une armée pour tenir tête à l’usurpateur. Kazehiko-kun manifeste son désir de rejoindre cette résistance. Yuki-san est plus réservée et évoque la possibilité de s’entretenir avec le daimyo de son clan, Daidoji-dono.

Isawa Kazehiko-san assiste Akodo Sofu-san pour son seppuku. Sa main ne tremble pas. En tant que yojimbo, le samurai du Lion a en effet échoué à assurer la garde de Sotorii-dono. Le suicide rituel est un moyen pour lui de laver une telle perte d’honneur au regard de l’ordre céleste. Il pourra se réincarner de nouveau et tenter d’accomplir son dharma.

J’adresse une prière aux kami pour le salut de son âme.

Le témoignage de feu Akodo Sofu-san est sans appel. Notre dernier espoir vient de mourir comme la lueur d’une luciole face au lever du jour.

Une mare de sang.
Dans l’agonie du fauve,
L’espoir dérobé.

Droiture. Gi 義
Courage. Yū 勇
Bienveillance. Jin 仁
Politesse. Rei 礼
Sincérité. Makoto 誠
Honneur. Meiyō 名誉
Et… Loyauté. Chūgi 忠義,

Telles sont les vertus décrites par le kami Akodo dans ce qui forme aujourd’hui le code du Bushido. Et c’est bien cette dernière vertu que Yogo Sheru-sama va avoir du mal à honorer désormais.

Même si on ne devient pas Empereur en tuant le dernier Empereur, le daimyo de Sheru-sama est indiscutablement Yogo-dono, qui est partie prenante dans ce coup d’état, un défi lancé à l’ordre céleste.

En effet, c’est jadis le tournoi des Kami qui permis à Hantei d’accéder à la charge d’Empereur. Et ce serait le kami Shiba qui serait arrivé le suivant, plutôt que Bayushi. D’un point de vue plus pragmatique, on pourrait aussi considérer qu’un conseil réunissant les Champions des Clans, héritiers des kamis d’autrefois, serait capable d’arbitrer le dilemme.

C’est pourquoi il n’y a plus de voie honorable pour Yogo Sheru-sama.

S’il suit aveuglément Yogo-dono, il approuve l’hérésie de Bayushi Shoju.

S’il rejoint les armées de ceux qui s’opposent au coup d’état, c’est refuser de suivre les ordres de son maître, Yogo-dono.

S’il se suicide dans un seppuku, il lave une partie de l’honneur perdu et confie à sa prochaine réincarnation le soin d’accomplir son dharma.

S’il devient ronin, un « homme-vague », il rompt avec son maître pour devenir un paria. Il perds beaucoup de son honneur mais conserve l’espoir de le reconquérir dans cette incarnation.

Je ne sais quelle voie mon jeune maître va emprunter, mais je respecterai son choix et le supporterai jusqu’au bout.

つ づ く

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Breloque

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